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Le fonds monétaire européen : un nouvel instrument politique plutôt qu'économique

Résumé : Dix ans après la crise financière internationale, la zone euro retrouve les niveaux de croissance des années antérieures à la crise. La reprise économique s’accompagne d’une baisse du chômage, d’une stabilité des prix et d’un fort excédent de la balance des comptes courants de la zone euro. Cette amélioration d’ensemble ne doit pas masquer les divergences persistantes entre les États membres et l’hétérogénéité des risques financiers qui pèsent sur eux. Les efforts économiques et sociaux consentis par les Grecs ont certes réduit les disparités de coûts du travail (corrigés de la productivité) vis-à-vis de l’Allemagne, mais les longues années de récession n’ont pas permis de réduire substantiellement les dettes publiques et privées. L’économie italienne, pour sa part, est fragilisée par la proportion, désormais en baisse mais partant de niveaux élevés, des prêts non performants au bilan de son secteur bancaire. La zone euro n’est pas à l’abri d’une remontée des primes de risque et donc des taux d’intérêt dans certains États membres. Aussi la gestion du risque financier dans la zone euro reste-t-elle d’actualité. La mise en œuvre progressive de l’Union bancaire contribue certainement à renforcer la résilience du secteur bancaire et la confiance des épargnants via la supervision unique et le développement de mécanismes de résolution des crises bancaires. Pour autant, elle reste inachevée. D’une part, le mécanisme européen de garantie des dépôts, dans les faits, n’existe pas. En cas de faillite bancaire dans un État membre, la question de savoir qui ou quelle institution rembourserait les déposants (à hauteur de 100 000 euros par banque)[1] n’est toujours pas résolue et un épisode de panique bancaire ne peut donc pas être exclu. D’autre part, le Fonds de résolution unique (FRU) est abondé par les banques elles-mêmes[2]. Cependant, en cas de crise bancaire grave, le FRU pourrait être insuffisant, ou sa capacité jugée insuffisante, ce qui pourrait avoir des effets auto-réalisateurs: les marchés, jugeant les mécanismes de résolution incapables de circonscrire la crise, accéléreraient les mouvements de défiance à l’égard des banques et précipiteraient la crise. Un mécanisme de garantie au bon fonctionnement du FRU serait le bienvenu. La création du Mécanisme européen de stabilité (MES) en 2012[3] a contribué à résoudre les crises financières intervenues dans les pays dits périphériques de la zone euro et, à ce titre, il a vocation à limiter le risque financier dans la zone euro. Le MES a su concrétiser le principe de solidarité entre États membres qui faisait défaut jusque-là. Cependant, le maintien du risque financier à un niveau toujours élevé interroge la capacité du MES à résoudre le dilemme entre discipline de marché et solidarité institutionnelle. Si les primes de risque augmentent, révélant un risque accru de défaut d’un État, le MES sera-t-il assez solide pour prévenir le déclenchement effectif de la crise financière? L’adoption d’un Fonds monétaire européen (FME) serait-elle alors plus efficace?
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https://hal-sciencespo.archives-ouvertes.fr/hal-03604003
Contributor : Spire Sciences Po Institutional Repository Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Thursday, March 10, 2022 - 11:14:36 AM
Last modification on : Friday, March 25, 2022 - 3:58:25 AM

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Jérôme Creel. Le fonds monétaire européen : un nouvel instrument politique plutôt qu'économique. Revue de l'euro, Université du Luxembourg, 2018. ⟨hal-03604003⟩

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