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Conference papers

Les "bienfaits" de l’emploi dégradé. Comment les offres indésirables acquièrent une valeur conjoncturelle

Résumé : En Allemagne et en France, un service public d’emploi unifié accueille, oriente et indemnise les chômeurs. Des conseillers personnalisés sont en charge de suivre chaque dossier et de conduire des interactions régulières, afin de formuler des recommandations ou des injonctions aux individus enregistrés. Ils sont gouvernés par objectifs, évalués sur la base de résultats quantifiés, mais disposent d’une marge de manœuvre totale sur le contenu langagier des entretiens. Or, la crise économique de 2008 a heurté les aspirations de nombreux professionnels du service public d’emploi, en charge de mettre les chômeurs en relation avec des offres d’emploi (Berkel et al., 2017). D’un côté, le nombre de chômeurs s’est massivement accru (avant de redescendre côté allemand, notamment par des transferts de statut administratif), tandis que les offres d’emploi se réduisaient. Aussi les conseillers conduisent-ils des opérations géométriques dans un espace marqué par un problème arithmétique, c’est-à-dire qu’ils agissent sur la valeur présumée des chômeurs pour les placer dans des offres en nombre bien inférieur (Pillon, 2017). Face à cet effet de ciseau, la communication montre que les conseillers à l’emploi et leurs directions ont été pris dans de nouvelles difficultés, qui actualisent les stratégies envisageables. Trois tensions majeures ont ainsi pu être identifiées, grâce à une enquête ethnographique et quantitative menée dans quatre agences pour l’emploi allemandes et françaises en 2014 et 2015. D’abord, la paupérisation des publics rend le rapport au futur plus pressant. Ensuite, le rationnement des offres disponibles conduit à des arbitrages coûteux. Finalement, la concurrence vis-à-vis d’autres canaux de recrutement repose la question de la fidélisation du patronat. Les réponses apportées à ces trois tensions convergent vers une résolution similaire au niveau des street-level-bureaucrats (Lipsky, 1980), à savoir l’abaissement de la qualité d’emploi acceptable – tout en critiquant, avec véhémence, les projets gouvernementaux en ce sens dans les deux pays. Ce faisant, la communication souligne que les interactions entre conseillers et chômeurs contribuent à la réduction de la part salariale dans le revenu national des deux pays (Grömling, 2010 ; Husson, 2012), soit de façon directe lorsqu’ils persuadent les chômeurs de réviser à la baisse leurs vœux salariaux, soit de façon indirecte lorsqu’ils les convainquent d’accepter des paramètres dégradés d’emploi, dont nous montrons l’association avec de faibles salaires horaires. Nous formulons l’hypothèse selon laquelle la déflation contemporaine de la part salariale constituerait également le produit de transactions bureaucratiques.
Document type :
Conference papers
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https://hal-sciencespo.archives-ouvertes.fr/hal-03594191
Contributor : Spire Sciences Po Institutional Repository Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Wednesday, March 2, 2022 - 2:43:36 PM
Last modification on : Wednesday, September 28, 2022 - 5:58:50 AM

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Citation

Hadrien Clouet. Les "bienfaits" de l’emploi dégradé. Comment les offres indésirables acquièrent une valeur conjoncturelle. Qualité de l’emploi et de la formation en France et en Europe 10 ans après la crise financière, Centre Pierre Naville – Université d’Evry Val d’Essonne; Laboratoire Printemps – Université de Versailles-Saint Quentin, Nov 2019, Paris, France. ⟨hal-03594191⟩

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