Culture matérielle : le fil d'Ariane de Marcel Proust, de la Grèce préhellénique à l'Art nouveau - Archive ouverte HAL Access content directly
Journal Articles Arts & Sociétés - Lettre du séminaire Year : 2016

Culture matérielle : le fil d'Ariane de Marcel Proust, de la Grèce préhellénique à l'Art nouveau

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Abstract

Without being an archeology buff to the same degree Sigmund Freud was, Marcel Proust could not avoid the shock brought on by the discovery of primitive Greece and, in particular, by the Knossos excavations carried out in 1900 by Arthur Evans, which were responsible for a raging Cretomania at that time. His few allusions to Minoan civilization serve as a complement to the images of the Ballets Russes and Fortuny gowns found in Remembrance of Things Past, both of which stem from the Cretan revival. Léon Bakst, who had made a trip to Greece in 1907 and brought back a great number of sketches of Crete, was continually inspired thereby for his theater costumes and sets, and it was at a dinner at Madeleine Lemaire's home, in 1908, that the Hispano-Venetian fashion designer, whose first logo reproduced the Minoan labyrinth, presented in France his "Knossos shawls," which were created in Venice in 1906 and shown in Berlin in 1907 at an exhibition inaugurated by a lecture from the author of Elektra, Hugo von Hofmannsthal. These shawls, prefigured by the pseudo-Greek drapery of Sarah Bernhardt and of Maeterlinck's regular actress Georgette Leblanc, borrowed in particular from the catalogue of motifs reproduced in 1893 by Aloïs Riegl in the chapter about Mycenaean ornamentation in his Problems of Style: Foundations for a History of Ornament. The academic world and the theatrical world were united in the same fervor: while the salon of Madeleine Lemaire, a great friend of Proust, was open to Mariano Fortuny's Knossos shawls, the French Academy of Inscriptions and Belles Lettres invited, to two of its sessions, the author of a long, scholarly paper on pre-Hellenic costumes—Désiré Chaineux, a draftsman archeologist working at the Comédie Française—seconded by the fashion designer Jacques Doucet. The connection between Fortuny and Bakst within Proust's work had hardly been elucidated at all before Guillermo de Osma did so: Fortuny preceded Bakst in the invention of fabrics and theatrical lighting that would influence the Ballets Russes' director, who, in turn, led the fashion designer to introduce a bolder chromatic scale2. Despite their geographical distance, these two men belonged to the same world and crafted a shared universe. In this context, one will hardly be surprised that the archaic Greece (in the broad, therefore vague sense) privileged by Proust was frequently associated with the theatrical world. In order to elucidate the Cretan references found in Remembrance, it would be better, however, to refer to the history of archeology and of the decorative arts than to mythology.
Sans être féru d’archéologie au même degré que Freud, Proust ne put échapper au choc provoqué par la révélation de la Grèce primitive et en particulier par les fouilles de Cnossos en 1900 par Arthur Evans, responsables d’une ardente crétomanie. Ses quelques allusions à la civilisation minoenne complètent l’image des Ballets russes et des robes de Fortuny dans la Recherche, les uns et les autres tributaires de la résurrection crétoise : Léon Bakst, qui avait voyagé en Grèce en 1907 et avait rapporté maints croquis de Crète, s’en est constamment inspiré pour ses costumes de scène et ses décors de théâtre et c’est à un dîner chez Madeleine Lemaire, en 1908, que le couturier hispano-vénitien, dont la première marque reproduisait le labyrinthe minoen, présenta en France les « châles Knossos » créés à Venise en 1906 et révélés à Berlin en 1907 dans une exposition inaugurée par une conférence d’Hugo von Hofmannsthal, l’auteur d’Elektra. Ces châles, annoncés par les draperies pseudo-grecques de Sarah Bernhardt et de Georgette Leblanc, l’actrice attitrée de Maeterlinck, empruntaient notamment au répertoire de formes reproduites en 1893 par Aloïs Riegl dans le chapitre de ses Questions de style sur l’ornementation mycénienne. Le monde académique et le monde du spectacle communiaient dans la même ferveur : tandis que le salon de Madeleine Lemaire, grande amie de Proust, s’ouvrait aux châles Knossos de Mariano Fortuny, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres invitait, à deux de ses séances, l’auteur d’un long et savant mémoire sur le costume préhellénique : Désiré Chaineux, archéologue dessinateur attaché à la Comédie Française, secondé par le couturier Jacques Doucet. Avant Guillermo de Osma, le lien entre Fortuny et Léon Bakst dans l’œuvre de Proust n’avait guère été élucidé : le premier précéda le second dans l’invention de tissus et d’un éclairage théâtral qui influença le metteur en scène des Ballets russes, lequel, en retour, fit découvrir au couturier une gamme chromatique plus audacieuse. Malgré leur éloignement géographique, les deux hommes appartenaient au même monde et élaborèrent un univers commun. Dans ce contexte, on ne s’étonnera guère que la Grèce archaïque (au sens large, donc flou) privilégiée par Proust soit fréquemment associée à l’univers du théâtre. Pour élucider les références crétoises de la Recherche, mieux vaut se référer à l’histoire de l’archéologie et des arts décoratifs qu’à la mythologie.
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Dates and versions

hal-03574330 , version 1 (15-02-2022)

Identifiers

Cite

Sophie Basch. Culture matérielle : le fil d'Ariane de Marcel Proust, de la Grèce préhellénique à l'Art nouveau. Arts & Sociétés - Lettre du séminaire, 2016, 86. ⟨hal-03574330⟩
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