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Les récits de l’incertitude planétaire. Discordance ou pluralisme ?

Résumé : La crise sanitaire constitue un « moment mondial » par son irruption simultanée et sa visibilité dans l’ensemble des nations. Cependant sa réalité pathologique, et ses effets socio-économiques varient considérablement à l’échelle du monde et à celle des sociétés. Par ailleurs les réponses nationales et internationales à la pandémie ont accentué les contradictions de l’hyper-connectivité mondiale (intégration renforcée vs. accroissement des inégalités et des effets d’exclusion), exacerbant un état global d’incertitude que Michael Spence qualifiait il y a déjà plus d’un an d’ « incertitude radicale » (radical uncertainty). Les incertitudes scientifiques liées à la nature du virus et de l’épidémie n’en constituent qu’une partie. La notion même d’ « incertitude » est un objet bien identifié par les sciences sociales, mais a peu mobilisé les relations internationales (RI), sauf en association avec la sociologie du risque (U. Beck) ou de manière fugitive dans les approches critiques de la sécurité. L’omniprésence de l’incertitude dans le déroulement de la pandémie apporte un nouvel éclairage au rôle des récits géopolitiques, et en l’occurrence aux multiples mises en récit de ce « moment mondial ». Depuis quelques années l’analyse diplomatique évoque une « bataille des narratifs », ou « narrative wars » pour décrire une forme de rapport de force de plus en plus manifeste dans l’élaboration des agendas internationaux. J’ai pour ma part utilisé l’expression « récits et contre-récits géopolitiques » autour du 11 Septembre 2001. La capacité d’élaborer et d’imposer un récit géopolitique devient un attribut de la puissance, comme en attestent la volonté explicite de la Chine de se doter d’un « pouvoir narratif » (littéralement « un pouvoir de la parole » huayuquan), ou à l’inverse la carence narrative chronique de l’Union Européenne. Aujourd’hui cet enjeu de puissance entre en résonance avec la nécessité d’ajuster la gouvernance internationale à un nouveau degré d’incertitude, qui constitue entre autres un défi narratif. En témoigne la concurrence narrative accrue, multiforme, et aussi assumée, à l’instar de Josep Borrell début mai 2020, qu’on observe depuis la déclaration officielle de pandémie par l’OMS. Or si cette concurrence est incontestablement à fois l’effet et la cause d’une coopération dégradée, on ne doit pas perdre de vue qu’elle est aussi le reflet d’une pluralité de fait de la scène internationale. C’est précisément parce qu’une forme de coopération internationale doit être maintenue dans cette période d’incertitude radicale qu’il peut être utile de ne pas limiter l’analyse des récits à celle d’un simple rapport de pouvoir. L’intérêt d’une approche narrative des relations internationales, et plus spécifiquement de l’ordre international, est aussi de montrer qu’une très grande diversité de récits, plus ou moins contradictoires, coexistent dans un même espace de décision. A un moment où, après le choc de la pandémie, les représentations du «monde d’après » tiennent plus de la prescription que de la prévision, la prise en compte de cette diversité semble plus que jamais nécessaire.
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https://hal-sciencespo.archives-ouvertes.fr/hal-03027696
Contributor : Spire Sciences Po Institutional Repository Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Friday, November 27, 2020 - 11:50:31 AM
Last modification on : Friday, July 2, 2021 - 1:59:53 PM

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Citation

Karoline Postel Vinay. Les récits de l’incertitude planétaire. Discordance ou pluralisme ?. Marc Lazar; Guillaume Plantin; Xavier Ragot. Le Monde d'aujourd'hui. Les sciences sociales au temps de la Covid, Presses de Sciences Po, 2020, 9782724626704. ⟨hal-03027696⟩

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