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Chapitre d'ouvrage

Le monopole des professions. Inclure, exclure, redéfinir la concurrence

Résumé : La notion de monopole occupe une place de choix dans les travaux de sociologie des professions. Elle a été utilisée par les auteurs fonctionnalistes pour désigner une étape du processus de professionnalisation au terme duquel certaines activités deviennent des professions établies (Wilensky, 1964), puis par les interactionnistes pour décrire « l’idéal » qui structure plus généralement les aspirations et les revendications professionnelles (Chapoulie, 1973). Dans tous les domaines d’activité, en effet, les professionnels cherchent à ce que leur marché du travail soit protégé en étant soumis à une autorisation d’exercer ou license délivrée par l’Etat (Hughes, 1958). Plus récemment, les auteurs dits néo-wébériens ont fait de la constitution de monopoles non plus un aspect mais le cœur de la dynamique des groupes professionnels (Larson, 1977 ; Abbott, 1988). Ils empruntent à Max Weber l’idée selon laquelle les professions résultent d’un processus de « clôture » ou de « fermeture sociale » lui-même engendré par une situation de compétition économique accrue (Weber, 2003 [1921]). En définitive, cependant, le mécanisme décrit par toutes ces approches est le même : des professionnels offrent un service similaire à une population limitée de clients ; certains se regroupent et arguent de la supériorité de leur expertise auprès des pouvoirs publics pour se voir réserver l’accès aux ressources. Le modèle professionnel s’oppose ainsi radicalement à celui du marché (Freidson, 2001), le but étant, pour les professionnels, de limiter la libre concurrence et le libre choix des clients à leur avantage. Dans ce chapitre, nous allons voir que la réalité est plus complexe. D’abord, d’autres acteurs que les professionnels peuvent être à l’origine d’un processus de clôture, comme par exemple un groupe de clients ou les pouvoirs publics. Il s’agit alors de comprendre comment les contours de la profession et les règles d’accès au marché se construisent en interaction et en interdépendance, ce que les uns doivent aux autres et réciproquement. Ensuite, la réglementation d’une activité ne s’établit pas seulement dans un face à face entre un groupe professionnel et les représentants de l’Etat ou d’autres professions. Elle repose aussi sur des négociations qui ont lieu entre les membres du groupe, ces derniers n’ayant pas tous les mêmes intérêts ni les mêmes idées sur ce qu’il convient de faire pour « protéger » la profession. Les négociations qui ont lieu à l’intérieur des professions sont peu étudiées à l’exception de quelques travaux sociohistoriques sur la profession médicale (Starr, 1982 ; Berman, 2006 ; Bergeron et Castel, 2015). Or, avant qu’un groupe professionnel s’engage dans une quête de monopole, il faut bien que ses membres s’accordent sur les termes de celui-ci, si bien que les négociations internes font partie intégrante du processus de construction des règles d’accès à un marché. [deux premiers paragraphes]
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Contributeur : Spire Sciences Po Institutional Repository <>
Soumis le : mardi 21 avril 2020 - 09:33:12
Dernière modification le : vendredi 2 juillet 2021 - 13:59:53

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Léonie Hénaut. Le monopole des professions. Inclure, exclure, redéfinir la concurrence. Patrick Castel; Leonie Henaut; Emmanuelle Marchal. Faire la concurrence, Presses des Mines, pp.193 - 212, 2016, 9782356713889. ⟨hal-02548921⟩

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