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Politiques publiques et sociologie de l'Etat

Résumé : 1er paragraphe : Dans le développement des sciences sociales, la sociologie de l’État a constitué historiquement la première manière d’aborder les activités publiques. Tous les fondateurs de la sociologie et, a fortiori, de la science politique ont proposé des analyses de l’État articulant la mise en place d’un État légal-rationnel, la construction d’une administration professionnalisée et une réflexion générale sur la modernité économique, sociale et politique. L’État est théorisé par Émile Durkheim au moyen des concepts de différenciation et de division du travail et pensé comme l’« organe cérébro-spinal de la société ». Max Weber met en exergue l’originalité historique de l’État bureaucratique moderne en étroite interaction avec la mise en place du capitalisme et l’avènement de la démocratie de masse : il décrit sa forme légale-rationnelle d’exercice de la domination associant l’exercice monopolisé de la contrainte physique, la différenciation d’une administration bureaucratique et la forme légale-rationnelle du pouvoir garantissant et rendant possible l’égalité de traitement. Norbert Elias prend pour objet la « sociogenèse » de l’État occidental pensé comme le résultat d’un processus conflictuel de monopolisation de ressources à la fois économiques (l’impôt) et militaires (l’armée) dont le contrôle devient un enjeu décisif une fois la domination étatique solidement établie. Au contrôle du territoire par l’État répond le développement des capacités d’autocontrôle d’individus de plus en plus « civilisés », sur fond d’allongement des chaînes d’interdépendance entre eux. Ces perspectives pionnières ont donné naissance à une première grammaire d’analyse du pouvoir, riche et intégratrice, en termes de bureaucratisation, de territorialisation, de monopolisation, de construction d’un « centre » et de civilisation des mœurs individuelles qui a structuré, après-guerre, l’analyse comparée de l’État, dont l’essor a été rapidement dominé par les théories de la modernisation et du développement [Badie et Birnbaum, 1979 ; Badie, 1988 ; Migdal dans Lichbach et Zuckerman, 1997]. Bien que très divers, ces travaux mobilisent les mêmes formes de raisonnement relatifs aux processus répétés de différenciation des structures politiques, de spécialisation et d’autonomisation mais aussi d’expression et d’agrégation des intérêts, de communication politique, d’élaboration de règles, de structuration d’une fonction judiciaire ou de socialisation politique. Initialement tournée vers les sociétés dites du « Tiers Monde » et parfois trop téléologique, la sociologie de l’État prend un tour plus historique dans les années 1960 et 1970 en s’intéressant à l’édification des Étatsnations européens, réintroduisant pour ce faire des perspectives temporelles robustes de longue durée (Reinhard Bendix, Charles Tilly, Immanuel Wallerstein) ou comparant des trajectoires étatiques différenciés (Barrington Moore, Theda Skocpol). Ces recherches analysent les relations entre construction de l’État et phénomènes économiques et sociaux (capitalisme, industrialisation, urbanisation), mécanismes d’extraction de ressources financières (l’opposition coercition vs capital chez Charles Tilly) et lutte entre classes sociales.
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https://hal-sciencespo.archives-ouvertes.fr/hal-02366044
Contributor : Spire Sciences Po Institutional Repository Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Friday, November 15, 2019 - 4:24:08 PM
Last modification on : Friday, October 8, 2021 - 4:28:05 PM

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Philippe Bezes, Frédéric Pierru. Politiques publiques et sociologie de l'Etat. Dictionnaire des politiques publiques, Presses de Sciences Po, pp.491 - 501, 2010, 9782724611755. ⟨hal-02366044⟩

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