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Communication dans un congrès

Les choses du travail

Résumé : Les choses occupent une place certaine dans la représentation du travail dans l’art. Représenter le travail implique en effet qu’on y voie travailleurs et travailleuses à l’œuvre, outil à la main, maniant l’artefact à venir. Le résultat du travail revêt une importance secondaire : on dépeint bien peu le blé, moissonné et battu, sans leurs agent.e.s, pas plus que l’acier transformé au laminoir sans les ouvriers et ouvrières à l’œuvre, ni même encore le service ou la production intellectuelle accomplie pour ce qui concerne les secteurs tertiaire et quaternaire. Ou plutôt : si on les représente comme telles, alors elles changent de nature, n’étant plus des choses du travail (en devenir), mais des choses en soi (devenues). Les choses du travail ne savent exister sans leurs outils ni sans leurs agent.e.s. Elles tiennent leur statut de la coexistence d’une projection (une finalité) et de sa mise en œuvre (des moyens). Et inversement. Il n’y a pas de représentation du travail qui vaille sans les choses. Comment reconnaître un.e travailleur.euse sans outils ni matière (ie sans causes matérielle et formelle) ? Même les représentations posées de ces agent.e.s de transformation — leur identité laborieuse magnifiée par la pose statique et l’attitude fière — ne peuvent être signifiantes indépendamment de leur lot de signifiés, discrètes métonymies de leur activité, symboles sociaux, si ce n’est identitaires, de ce en vue de quoi ils œuvrent : outils, vêtements ou lieux de travail, sont autant d’indices qui font signe vers ce qui est l’objet d’un faire. Jusque dans la blouse, le bleu, le col de chemise, à travers tous ces référentiels culturels, l’on décèle ce pourquoi l’on œuvre, ce à quoi l’on œuvre. Et qu’est-ce que travailler, sinon : produire des choses ? contribuer à peupler le monde de choses ? l’emplir de toutes ces choses à nouveau qui elles-mêmes bientôt redeviendront outils… pour d’autres choses. Travailler, c’est, fondamentalement, transformer : c’est contraindre une matière par un geste pour lui donner nouvelle forme, nouvel usage. L’objet de cette intervention sera de prendre pour terrain d’analyse les représentations artistiques afin d’examiner l’interdépendance des choses et de leurs agent.e.s. Ou, dit autrement : toute représentation du travail dans l’art ne saurait se passer des choses. A fortiori, lorsque s’évanouissent dans les lieux du travail les corps des travailleurs et travailleuses — poursuivant toujours, ailleurs, leur travail invisible —, demeure toujours ce plus petit dénominateur commun qui fait signe vers eux. Et plus encore : dans les représentations contemporaines du travail — ou, plus précisément, dans la représentation du travail dans l’art contemporain —, il est sans cesse question de lutter contre la réification. Il s’agira d’une part d’examiner l’hypothèse selon laquelle ce type de représentation repose en partie sur une rivalité entre les êtres et les choses. De façon plus large, cette réflexion se fonde sur l’idée d’un caractère éminemment subjectif des choses, autour desquelles et à partir desquelles se construisent les relations humaines, ce dont l’activité sociale qu’est le travail témoigne particulièrement.
Type de document :
Communication dans un congrès
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https://hal-sciencespo.archives-ouvertes.fr/hal-01814964
Contributeur : Spire Sciences Po Institutional Repository <>
Soumis le : mercredi 13 juin 2018 - 16:51:27
Dernière modification le : vendredi 2 juillet 2021 - 13:59:53

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Camille Richert. Les choses du travail. Séminaire « Arts et Sociétés » : « Les choses », Aug 2017, Fondation Hartung-Bergman, France. ⟨hal-01814964⟩

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